Zero Waste Bordeaux

Comment faire changer les mentalités et les pratiques sur la question des déchets ?

 

Au-delà de l’engagement de chacun dans un mode de vie zéro déchet, on se demande souvent comment faire bouger les choses et les gens autour de soi.

Anaelle Sorignet, dans son ebook Engagé et heureux, parle notamment de l’effet de contagion naturelle lié au fait que si les gens nous voient heureux et épanouis dans notre nouveau mode de vie, ils auront envie de s’y mettre aussi (et en tout cas, ce n’est pas en les bassinant et en leur faisant la leçon de morale à chaque repas de famille qu’ils changeront).

Si je suis tout à fait d’accord avec cette idée et ce moyen qui me semblent essentiels, le changement, à ce rythme-là et si c’est le seul moyen que l’on utilise, risque d’être long… et on manque de temps.

Alors, comment faire bouger les choses à une échelle plus large, en touchant non pas des personnes isolées, mais le public dans son ensemble ? C’est ce sur quoi planche l’association Zero Waste France.

 


A l’échelle nationale

 

Zero Waste France est une association qui existe depuis 1997, mais qui a changé de nom assez récemment. Avant, c’était le CNIID (Centre national d’information indépendante sur les déchets), qui avait surtout un rôle de lanceur d’alerte, notamment sur la question des dangers de l’incinération des déchets.

Puis l’association a évolué vers un engagement plus large, orienté sur le gaspillage des ressources, et la gestion et la réduction des déchets, considérant le produit (et le déchet) dans sa globalité, de sa fabrication à sa disparition.

L’association a changé de nom et de logo en 2014, ce qui lui a donné un second souffle, en même temps que le terme de « zero waste » in English dans le texte, ou « zéro déchet » chez nous, se popularisait auprès du public grâce aux livres de Béa Johnson ou de La Famille Zéro Déchet.

Une des premières missions de Zéro Waste France, c’est le plaidoyer : l’association est en collaboration permanente avec le gouvernement et les industries pour faire changer les choses. Les lois qui voient le jour sont notamment impulsées par Zero Waste, parmi d’autres acteurs, comme Surfrider.

D’un autre côté, Zero Waste France fait partie des assos qui sont engagées dans l’action intentée contre l’Etat pour inaction contre le changement climatique.

Cette double posture (critique du gouvernement tout en fonctionnant avec eux pour impulser le changement) est rendue possible par l’indépendance de l’association, qui est financée très majoritairement par les dons des citoyens, et ne dépend donc pas des subventions publiques ou privées.

 


A l’échelle locale

 

Pour étendre son action au-delà de l’échelle nationale, et faire bouger les choses sur des projets spécifiques, l’asso a créé depuis 2014 des antennes locales. Il existe aujourd’hui 55 groupes locaux dans toute la France, comme celui de Strasbourg, qui a mis en place la campagne Balance Ta Pub, contre Intermarché ou Pizza Hut, qui ne respectent pas le « Stop Pub »  sur les boîtes aux lettres. Zero Waste Strasbourg les a attaqués en justice.

À Bordeaux, l’antenne locale est jeune, elle a fêté sa première bougie en mars. J’ai rencontré Amandine, membre du bureau, qui m’a raconté comment s’est monté le projet, et avec quels objectifs. Amandine est impliquée dans le mode de vie zéro déchet à tous les niveaux, puisqu’en parallèle de son engagement dans l’asso, elle tient une boutique zéro déchet en ligne, Esprit ZD (je t’en ai déjà parlé dans cet article).

Interview.

 

Lilou : Hello Amandine ! Tu peux nous raconter comment s’est formé Zero Waste Bordeaux ?

Amandine : Fin 2017, on a été 4 ou 5 personnes sur Bordeaux à solliciter chacune de notre côté Zero Waste France, pour des projets variés. Or il n’y avait pas de groupe local. Zero Waste France nous a donc proposé que l’on se rencontre pour créer le groupe si on était motivé.e.s.

Ce qu’on a fait ! On s’est retrouvé à 9, on s’est rencontré.e.s en janvier 2018, et on a créé le groupe local en mars.

On avait un projet, Mon commerçant zéro déchet, qui nous parlait à tous.toutes, et sur lequel on est parti.e.s au départ. Un sticker permet de reconnaître les commerçants engagés dans cette démarche. Ce qui est génial, c’est que maintenant ce sont les commerçants qui nous contactent pour rejoindre le mouvement, alors qu’au début, c’est nous qui avons fait le tour pour les sensibiliser à la question.

On mène aussi différents projets de sensibilisation, notamment sur des événements, zéro déchet ou non, où nous avons un stand pour informer tout le monde sur la question des déchets et du gaspillage.

On est également très contactés pour la partie plaidoyer, pour intervenir sur des tables rondes.

On commence à avoir des juristes, des gens spécialisés sur ces questions dans l’asso, et on est très en lien avec les autres groupes locaux : on a une plateforme d’échange, avec un juriste référent sur Paris au sein de ZW France, qui est à disposition des groupes locaux. On n’hésite pas à s’appuyer sur l’ensemble du réseau.

La partie plaidoyer est notre gros objectif sur Bordeaux pour cette année, notamment avec les municipales puis les européennes qui arrivent.

 

L : Vous avez le soutien de la ville ou de l’agglomération ?

A :  On les a rencontrés, on a obtenu une petite subvention de la ville de Bordeaux, et on devrait avoir une subvention de Bordeaux métropole, sur des projets spécifiques : mise en place d’ateliers d’initiation ZD et couture pour la première subvention, et intervention dans les écoles pour sensibiliser les écoliers au ZD pour la subvention de Bordeaux Métropole.

Les enfants sont les acteurs de demain, c’est maintenant qu’il faut leur montrer les bonnes pratiques, et ils sont beaucoup plus ouverts, ils n’ont pas encore de filtres, de mécanismes… Ils sont intransigeants et ça fait l’effet boule de neige quand ils rentrent à la maison.

Les ateliers dureront une demie-journée, pour les primaires pour le moment, plus tard on développera les ateliers pour les collèges et lycées.

 

L : Pour votre travail de sensibilisation, est-ce que vous adaptez votre discours selon le public, par exemple entre le public complètement novice ou le public des Biocoop dans lesquels vous intervenez, déjà sensibilisé à l’écologie ?

A : Sensibilisé à l’écologie, oui, mais étonnamment, ce n’est pas parce que tu vas faire tes courses en magasin bio, ou même que tu as un magasin bio, que tu es sensibilisé au zéro déchet, loin de là. Il y a un gros travail avec le programme Mon commerçant Zéro Déchet pour travailler avec les fournisseurs et le conditionnement de leurs produits, qui est problématique même en magasins bio.

Beaucoup de canaux de fabrication ont été fermés dans les années 70. Aujourd’hui on doit les recréer, et ce n’est pas toujours évident quand on part de zéro. Donc le travail à faire est autant avec les fournisseurs et les commerçants qu’avec le public.

Les clients de magasin bio, eux, ont souvent déjà un peu pris conscience de la question des emballages, mais ils ne sont pour autant pas prêts à se passer de certains produits qu’on ne trouve pas en vrac. Il faut leur proposer des alternatives, et les inciter à faire de petites actions, petit à petit : adopter un nouveau produit en vrac, ou fabriquer un produit ménager…

 

L : Ce que je trouve intéressant, c’est que vous ciblez toutes les étapes de production du futur déchet : fabrication, distribution, achat. Vous ne responsabilisez pas que le « consommacteur », ce qui est plutôt la tendance globale et qui peut amener parfois à une forme de culpabilisation.

A : Zero Waste France vise vraiment l’intégralité de la chaîne, pour s’adresser à tous les acteurs.

Ce sont les industries et l’Etat qui doivent changer, pour faire changer aussi le mode de consommation du public.

L : Vous axez surtout sur l’aspect environnemental dans vos campagnes de sensibilisation ou vous mettez en avant d’autres aspects, comme l’aspect économique du mode de vie ZD ?

A : On essaie de s’adapter en fonction du public, et de l’événement où on est présent.  Par exemple, lors d’une intervention auprès des étudiants de l’IAE, on a plutôt axé sur l’aspect économique.

On s’appuie toujours sur ce qu’on appelle les 4 piliers du ZD, mais en en mettant un ou deux plus en avant selon le public.

Les 4 piliers sont :

 

L : En parlant de lien social, comment on rejoint l’asso ?

A : L’asso est ouverte à tous. Vous pouvez nous soutenir en devenant adhérent, ou vous impliquer en devenant bénévole. On encourage aussi ceux qui veulent nous rejoindre pour développer un projet spécifique.

Vous pouvez nous rejoindre sur le site web : Zero Waste Bordeaux

 

L : Pour quelqu’un qui tend déjà vers le Zéro Déchet dans sa vie personnelle, qu’est-ce que ça apporte de rejoindre une association ZD ?

A : L’adhésion financière permet de soutenir la diffusion du mode de vie dans lequel il.elle croit. Dans le cas d’un investissement en temps à travers le bénévolat, ça permet de semer des petites graines auprès des autres. 

Et pour soi, même quand on est déjà engagé.e dans ce mode de vie depuis plusieurs années, le fait de rejoindre un collectif permet de continuer à découvrir de nouvelles astuces et bons plans. Et surtout on fait de superbes rencontres, la découverte de super projets, le lien social est très important.

C’est toujours intéressant de voir le point de vue de chacun au stade où il en est.

 

L : Merci Amandine !

 


POUR FINIR

 

Cet entretien m’a fait réfléchir. Moi qui essaie de vivre selon un mode de vie plus vertueux, notamment grâce au minimalisme et au zéro déchet, et qui donne chaque mois à plusieurs assos (dont Surfrider que j’ai mentionné plus haut), ça ne m’était jamais venu à l’idée d’adhérer à une asso ZD. Comme quoi on ne voit pas toujours l’évidence !

Du coup, je viens d’adhérer à l’association, mieux vaut tard que jamais 😉

Surtout que quand j’y pense, c’est un des moyens les plus simples de mettre en place le cinquième R des 5R du Zéro Déchet : Revendiquer (je t’en parlais justement il n’y a pas longtemps dans cet article).

Et toi, quelle(s) forme(s) prend ton engagement dans le Zéro Déchet ? Réponds-moi en commentaire !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *