Portrait d’une tortue engagée

Anaelle, la révolution par l’humour

Je t’ai déjà présenté Anaelle, l’auteure du blog La Révolution des Tortues, dont je t’avais partagé récemment un des articles : Comment devenir zéro déchet, sans pression ni culpabilité ?

Sur Lilou Testetou, j’aime bien te faire des portraits de personnes engagées, pour voir comment les mêmes valeurs peuvent s’exprimer dans des modes d’engagement hyper différents.

Tu te souviens peut-être d’Alexia, qui voulait fédérer des créateurs engagés sur une plateforme commune ; ou de Marie-José, écothérapeute qui soigne les gens par et pour la nature. Cette fois-ci, je voulais te parler d’un engagement un peu différent, qui bien sûr me concerne particulièrement : l’engagement écologique par l’écriture, en l’occurrence, le blog.

Et pour ça, je ne connais pas de meilleur profil à te partager que celui d’Anaelle, qui blogue sur les questions écologiques depuis plusieurs années, en a fait une part de son métier, et peut compter sur 50000 visiteurs uniques tous les mois. En terme d’impact et de diffusion de son message, c’est franchement pas dégueu 😉

 


Le poulet de trop

 

Anaelle a grandi dans une famille où le tri, c’est sacré. Le gaspillage, no way. Mais son rapport à l’écologie s’est longtemps arrêté là. Pendant ses études, comme à peu près la majorité des étudiants fauchés, elle faisait ses courses en hard discount et mangeait « des salades de knackis », comme elle le dit elle-même.

Le déclic est arrivé un peu plus tard, pendant une année d’étude en Irlande puis au Canada.

En Irlande, elle a été confrontée à une quantité de malbouffe hallucinante, et a remarqué à quel point c’était difficile de trouver des produits frais de qualité : « Tout était très cher, les légumes étaient horribles, pas mûrs, tout brillants. » C’est là qu’elle s’est mise à beaucoup cuisiner, pour compenser.

Au Canada, c’est la surconsommation qui l’a particulièrement marquée. Elle me raconte une anecdote qu’elle a vécue au sein de sa colocation :

C’est là qu’elle se dit qu’il y a un problème. Du coup à son retour en France pour son Master à Sciences Po Toulouse, elle choisit le parcours environnement plutôt que le parcours culture qu’elle envisageait à la base.

 


Métro, boulot, c’est trop

 

Après Toulouse, direction Paris, pour un stage de développement durable dans un cabinet de conseil. Ambiance de travail au top, appart dans le 11ème avec son mec, pourtant, la motivation n’est pas là. Elle se dit qu’elle s’est peut-être trompée de voie, qu’elle n’est peut-être pas allée au bout. Repart dans un master 2 d’urbanisme à Créteil. Puis un stage dans un bureau d’études.

Et là, outre le fait qu’elle travaille dans une ambiance délétère, elle n’arrive toujours pas à s’intéresser à ce qu’elle fait.

Quand arrive le premier job dans une start-up d’urbanisme à Bordeaux, c’est la bouffée d’air frais, au moins les 6 premiers mois. Mais ensuite, encore une fois, passé l’enthousiasme des débuts, sa motivation retombe.

Les interrogations, elles, montent en flèche : « Mais c’est pas possible, je vais vivre ça toute ma vie, de ne pas pouvoir garder un job plus d’un an parce que je perds de l’intérêt ? »

Pour ne rien arranger, elle commence à avoir mal au ventre, tout le temps. Pendant 6 mois, elle ne peut plus avaler que du riz blanc, jusqu’à ce qu’on lui diagnostique la maladie de Crohn, et qu’elle se fasse opérer 3 semaines plus tard.

 


Table rase

 

Le choc de cette expérience l’amène à reconsidérer tous ses acquis : « Je me suis dit que je n’avais plus le temps pour ce qui me faisait chier. »

Elle largue son boulot, son mec, pas mal de potes toxiques aussi. C’est dans cette période de remise en question qu’elle lance son blog, et qu’en parallèle elle lance son activité de rédactrice web indépendante.

« Je me suis demandé ce que je voulais faire. L’écriture me manquait. Je me suis remise à la rédaction web, travail que je faisais déjà quand j’étais étudiante (j’étais rédactrice pour Topito). Plein de gens m’ont mise en garde sur le fait que j’allais me sentir seule. Au final, ça a marché, j’ai fait de nouvelles connaissances et développé mon réseau. »

En parallèle, le blog La Révolution des Tortues s’est développé peu à peu.

Un blog écolo, oui, mais qui se positionne sur un créneau encore peu fréquent. Elle explique : « C’est un blog que j’ai créé il y a 3 ans, parce que je suivais quelques blogs écolos alors que je commençais à faire mes recherches sur ces questions. Je trouvais soit des blogs cosmétique et beauté, qui sont des sujets qui ne m’intéressent pas spécialement, soit des blogs plus militants, mais avec des designs de sites hyper moches, avec des couleurs criardes… Je me suis dit que c’était dommage, qu’il n’y avait pas de blog entre les deux, qui parle d’écologie de manière sympa, tout en ayant des considérations esthétiques sur la présentation, et surtout qui soit drôle. Depuis que j’écris, ça a toujours été mon truc, de tenir des blogs qui sont marrants. »

 


Humour et écologie

 

Des blogs marrants sur le sujet, c’est vrai qu’il n’y en a pas beaucoup. On peut citer Camille se lance ou Wild wild waste, mais sinon, il faut aller voir plutôt du côté des Youtubeurs, comme Professeur Feuillage.

Il faut dire que l’humour n’est pas forcément le ton auquel on s’attend quand on pense à écologie. Moi, là, me viennent en tête des discours et des bouquins hyyyyper drôles, comme le travail de Pablo Servigne et le concept d’effondrement de la civilisation. Ou alors, tiens, puisqu’on rigole, le petit bouquin tout léger de 700 pages de Naomi Klein, Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique. Léger, drôle et frais comme un après-midi dans la Creuse en plein janvier pour les funérailles de ta grand-mère.

Alors quand Anaelle me dit qu’on peut rire de tout, et qu’elle ne se bride pas, quel que soit le sujet, même si certains permettent plus ou moins de blagounettes, et ben ça fait du bien.

D’autant plus que ça ne l’empêche pas d’aborder des sujets très pointus, en donnant de vraies infos et en posant de vraies questions. En témoigne l’article qui m’a fait découvrir son blog : Le projet Cigéo et l’affreuse complexité des choses.

 


Mission déculpabilisation

 

Cet humour, Anaelle s’en sert certes pour faire passer la pilule sur des sujets pas toujours faciles, mais aussi, pour décomplexer et déculpabiliser ses lecteurs. Tu sais, ce lecteur, qui te ressemble peut-être, qui fait déjà plein de choses pour améliorer son quotidien et la planète, mais qui se culpabilise à mort au moindre écart, et qui a l’impression de ne jamais en faire assez. Ou celui qui se sent seul envers et contre tous, contre son entourage qui s’en fout, parfois même qui se moque de ses « tendances écolos ».

C’est pour lui qu’elle a écrit son premier ebook, Engagé et heureux : le guide pour bien vivre votre transition écologique. Elle explique : « Chaque fois que je rencontre des personnes engagées dans l’écologie, je suis dépitée de voir comme ils sont malheureux et comment ils se pourrissent la vie ! »

Depuis sa sortie, l’ebook connaît un joli succès, au point qu’elle songe à en écrire un plus ambitieux, qui parlera sûrement d’alimentation, en mode zéro prise de tête bien sûr !

 


Pour finir

 

Si tu ne connais pas déjà son blog, et si toi aussi tu as été touché.e par l’engagement et le parcours d’Anaelle, je t’invite à aller découvrir son travail sur La Révolution des Tortues, que ce soit dans ses articles ou son ebook, que j’ai dévoré.

Bon moment garanti !!!

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