L’écothérapie, entre écologie et psychothérapie

Entretien avec Marie-José Sibille

Aujourd’hui, je voudrais te parler d’un courant thérapeutique dont j’ai entendu parler il y a peu, et qui m’a tout de suite interpelée : l’écothérapie. Quand tu me donnes un mot qui a tout l’air d’être composé des mots « écologie » et « psychothérapie », j’ai de suite l’oreille en alerte, la truffe au vent et l’œil brillant, pas toi ?

Si je suis depuis longtemps persuadée que prendre soin de l’humain et de la planète, c’est comme la bière et les cacahuètes, ça ne va pas l’un sans l’autre, je ne savais pas du tout qu’il existait une pratique thérapeutique qui réunissait les deux (l’humain et la planète, pas la bière et les cacahuètes… ne rêve pas !)

Pour t’expliquer un peu mieux ce qu’est l’écothérapie, et au delà, parler de ce lien entre l’Homme (et la Femme !!!) et le vivant, je suis allée interroger Marie-José Sibille, auteure et écothérapeute basée à Lasseube (Pyrénées-Atlantiques), dont le regard et l’expérience uniques font naturellement le lien entre toutes ces questions, que ce soit dans sa vie professionnelle ou ses engagements personnels.

 

Entretien.

Lilou : Bonjour Marie-José ! Tu es psychothérapeute et écothérapeute. La psychothérapie est une pratique bien connue, mais l’écothérapie, qui mêle psychothérapie et nature, nettement moins. C’est quelque chose que tu pratiques depuis longtemps ?

Marie-José : Ca m’a très vite paru évident dans mon métier de psychothérapeute d’intégrer la nature, mais au début je ne le nommais pas. J’utilisais des rituels liés à la nature, aux saisons qui passent, je faisais mes stages dans mon chalet dans la nature... un peu comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir !

Je faisais tout ça quasiment depuis le début, en m’inspirant notamment de l’ethnopsychiatrie, c’est-à-dire toutes les approches liées aux sociétés premières. L’écothérapie reprend d’ailleurs beaucoup des rituels des sociétés premières.

Ensuite j’ai découvert que ça existait déjà ! C’était très présent dans tous les courants des années 70, et c’est à cette époque que Joanna Macy a lancé les termes d’« écothérapie » et d’« écopsychologie ».

 

L : C’est quoi la différence ?

MJ : L’écothérapie est une pratique qui concerne exclusivement le soin à la personne, alors que l’écopsychologie est un courant plus universitaire et théorique, qui est aussi très intéressant.

Ethymologiquement, « éco » ça veut dire « la maison ». Si on prend le sens du mot au sens strict, « écothérapie » veut donc dire « soigner par la maison ». Dans ce sens premier du terme, Marie Kondo, la spécialiste du rangement, est une écothérapeute sans le savoir ! Puisqu’en travaillant sur l’environnement de la maison et donc des personnes, elle permet un allègement des tensions émotionnelles. Elle fait beaucoup de bien grâce à sa méthode.

Le courant de l’écothérapie, cette pratique qui prend soin des personnes grâce au contact avec la nature, est donc une interprétation du mot, qui consiste à dire que :

« La nature, la Terre, est notre première maison. »

Donc foutre le bordel sur la Terre, c’est comme foutre le bordel chez soi, mais en pire ! Parce qu’il y a beaucoup plus de gens qui y vivent.

L’écothérapie recouvre deux aspects. D’une part, l’écothérapie consiste à soigner la personne en prenant soin du lieu où elle vit (la maison, la Terre), et d’autre part, elle consiste à soigner par l’intermédiaire de la nature et du respect des lois du vivant.

 

L : Quels sont les avantages de cette pratique et de ce contact avec la nature selon toi ?

MJ : Dans le chalet perdu au milieu des bois où je fais mes consultations, j’ai des expériences très fortes. J’ai des gens qui arrivent et qui fondent en larmes, rien que de se retrouver au milieu des arbres dans un chalet qui est construit selon les règles de l’écologie. J’en ai eu récemment qui m’ont dit : « Le fait même d’être là, c’est déjà en soi thérapeutique ».

Et il y a des expériences scientifiques qui le prouvent ! Par exemple, c’est prouvé que le contact avec les arbres (en particulier les hêtres, qui sont justement les arbres qui entourent mon chalet), diminue jusqu’à 25 % les troubles anxieux.

Il y a aussi eu une expérience très récente, menée par des chercheurs de l’université d’Essex (Angleterre) sur des gens atteints de dépression, lors de laquelle un premier groupe a passé 30 minutes à marcher dans une forêt, alors qu’un deuxième groupe a passé 30 minutes à marcher dans un centre commercial. Les effets sont spectaculaires : le premier groupe a vu sa confiance en soi augmenter pour 90% d’entre eux, et le niveau de dépression baisser pour 71% d’entre eux. Alors que dans le deuxième groupe, si 45% ont vu leur niveau de dépression baisser, 22% d’entre eux étaient plus déprimés, 50% étaient tendus et 44% avaient constaté une baisse de leur confiance en eux.

Au cas où on aurait eu besoin de savoir que la forêt c’est mieux que le centre commercial un samedi à 17h, au moins sur le plan de l’équilibre psychologique, la preuve est faite !

L : Et du coup, tu consultes uniquement dans ton chalet ?

MJ : Quasiment. De temps en temps, je suis obligée de consulter en ville, et je m’y sens personnellement très mal. Je trouve que les séances sont deux fois moins efficaces dans des cabinets en ville que dans mon chalet ou dans la nature.

 

L : En parallèle de ton activité d’écothérapeute, tu es très engagée écologiquement dans ta vie personnelle. Ça t’est venu comment ?

MJ : L’écologie, je suis née dedans. J’ai grandi dans une famille d’écologistes convaincus : mes parents faisaient partie des 100 premiers encartés du Mouvement écologiste avec René Dumont, j’ai donc baigné dedans tout le temps.

Aujourd’hui l’effondrement s’accélère, et notre militantisme à mon compagnon et moi a augmenté proportionnellement, même si on milite déjà depuis très longtemps. On était parmi les premiers qui ont lancé la première marche pour le climat à Pau (Pyrénées-Atlantiques). On était seulement 27 à l’époque, maintenant, elle est beaucoup plus suivie !

Ce qu’on peut constater, c’est qu’en parallèle de cet effondrement écologique, il y a de plus en plus de troubles anxieux, de troubles dépressifs, d’addictions, et dès qu’on est en contact avec les plus jeunes, enfants et adolescents, cette augmentation des troubles est exponentielle.

Les jeunes sont beaucoup plus sensibles à tout ça, leur cerveau étant une éponge à toutes les influences extérieures, sociétales, à l’ambiance du monde tel qu’il est aujourd’hui.

On est obligé de reconnaître qu’il y a un vrai souci. 

 

L : Tu fais le lien avec l’état actuel de la planète, pour toi c’est très lié ?

MJ : Complètement. Il y a une sorte de surchauffe de la planète et de la société, une sorte de burnout généralisé. Moi dans mon chalet, je suis très protégée de tout ça, et c’est pour ça que je m’en rends d’autant plus compte quand je m’occupe des familles ou quand je vais en ville.

 

L : Tu as un blog sur lequel tu publies très régulièrement, et dont j’adore le nom : Une psy…cause. Pourquoi as-tu pensé que c’était important de le tenir, et quels sont les sujets que tu abordes ?

MJ : Mon blog est né en juin 2008, suite au constat que la psychothérapie était en train d’être récupérée par la médecine, alors que c’est une démarche qui est tout à fait différente. Des lois ont fait de la psychothérapie une discipline universitaire, sans plus aucun des critères que nous, psychothérapeutes, considérions comme essentiels : le travail sur soi, indispensable pour pouvoir pratiquer, l’intégration des émotions, la pratique d’une supervision (chaque psychothérapeute doit être supervisé par un autre psychothérapeute) ; tout cela, la loi ne le considère pas comme utile.

Il y a donc eu à ce moment-là une vraie séparation, d’un côté les psychothérapeutes qui gardent ces valeurs, et celles (je dis celles parce que ce sont à 95% des femmes) qui ont été formées après ce bouleversement. Mais maintenant, il y a un retour vers ces valeurs, et je forme beaucoup de jeunes collègues qui viennent chercher une supervision, ou faire un travail sur elles, parce qu’elles se rendent compte une fois face à la réalité du métier que c’est indispensable.

Ce blog est né de ça, mais j’ai très vite rajouté des choses que je considère essentielles : le combat pour les femmes (sur la catégorie « Alterégales » de mon blog), et toute l’analyse de la société, de la vie quotidienne.

C’est donc un blog généraliste, qui me permet de dire ce que j’ai envie de dire au quotidien : articles psy mais pas que !

 

L : Je trouve qu’il y a de plus en plus d’articles sur ton blog qui parlent d’écologie, ou qui font mention de l’état de la planète. Cette dimension écologique qui vient infuser tous tes écrits, c’était ton intention ou ça se fait dans ton cheminement personnel sans que tu t’en rendes compte ?

MJ : Les deux, mon général ! À la fois j’ai toujours eu cette intention, et à la fois, l’accélération de l’effondrement a sûrement mis en avant ce sentiment d’urgence, que ce soit par rapport à l’état de la planète ou aux violences faites aux femmes et aux enfants, qui sont de toute façon très liés.

 

L : Puisque tu parles des enfants, je voulais justement parler de ton travail sur l’adoption. Tu es une mère adoptive, tu es l’auteure du livre « Adopter sa famille : L’adoption internationale aujourd’hui : un exemple d’attachement résilient », et tu travailles beaucoup avec des familles adoptantes. Est-ce que c’est une « branche à part » de ton activité ou est-ce que c’est lié pour toi avec l’écothérapie et ta sensibilité écologique ?

MJ : C’est totalement lié. C’est mon ressenti personnel, et tout le monde n’est pas  d’accord, mais pour moi l’adoption c’est une parentalité décroissante indispensable à notre époque. Personnellement je ne souffre absolument pas de ne pas avoir d’enfant biologique. J’en ai souffert dans mon corps à cause de l’endométriose, mais je n’en souffre pas psychologiquement, au contraire. Je suis très fière de mes enfants et très heureuse d’être maman adoptive, c’est vraiment ma vocation, et pour mon compagnon c’est pareil.

J’ai vraiment l’impression qu’être maman adoptante, c’est aussi écologiste. Il y a beaucoup de femmes qui souffrent dans beaucoup de pays de ne pas être maîtresses de leur féminité, de ne pas pouvoir gérer leur fécondité, ou parler d’événements dramatiques comme des naissances suite à des viols. Toutes ces questions sont liées à l’écologie, tout comme la pauvreté extrême qui pousse beaucoup de femmes à confier leurs enfants à l’adoption, ou comme en Chine où l’adoption est le résultat d’un patriarcat totalitaire.

C’est aussi un problème écologique, parce que ce qui est sûr, c’est que pour sauver la planète, il va falloir revoir le patriarcat !

L : Merci beaucoup pour cet échange !! 


Voilà, c’est dit. Pour sauver l’humain, améliorer la condition des femmes et des enfants, et stopper le désastre écologique, il faut qu’on foute les mecs dehors. Ou plutôt, qu’ils prennent leur juste place dans le monde, pour la nous laisser à nous aussi, la place. Heureusement que je connais plein de mecs, des vrais, des bien, qui ne rentrent pas dans ce cadre du mâle dominateur patriarcal, et plein de femmes qui ont trouvé leur juste place, parce que sinon, je me sentirais hyper nauséeuse, là, de suite.

Parmi les choses qui m’ont interpelée pendant cet entretien (et il y en a eu beaucoup), il y a cette idée que les violences faites aux femmes font écho aux violences faites à la planète. Planète : mot féminin. LA Terre. Gaïa. La planète serait-elle comme une femme battue ? Vu comme ça, ça fait réfléchir.

Et il y aussi cette phrase, un peu plus tôt pendant l’entretien :

« Il y a une sorte de surchauffe de la planète et de la société,

une sorte de burnout généralisé »

Encore une comparaison, tirée d’une des grandes maladies de notre société contemporaine, qui fonctionne étonnamment bien pour définir la situation écologique et climatique actuelle.

Mais alors, si la planète est une femme violentée, exploitée et en plein burnout, on fait quoi ? Oh là, devant tant de questionnements, est-ce que je n’aurais pas besoin d’une bonne écothérapie, moi ? 😉

Si toi aussi tu te poses la question, je t’invite à aller découvrir le blog de Marie-José, et lire notamment son article « Avez-besoin d’une écothérapie ? ».


POUR FINIR…

Tu as aimé cet article ? Merci de partager, commenter ! J’attends tes remarques et idées pour un futur article illustré !

Je t’invite à aller découvrir le blog de Marie-José SIBILLE : Une Psy…cause.

Tu peux aussi aller découvrir ses deux ouvrages :Adopter sa famille: L’adoption internationale aujourd’hui : un exemple d’attachement résilient

Juste un mauvais moment à passer …: Nouvelles noiresun recueil de nouvelles que j’ai eu le plaisir d’illustrer !

 

Si tu veux voir un peu plus de mon travail, tu peux me retrouver ici :

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