Le vivant est symbiose

Le magnifique message de La Journée du Ventre

Samedi 28 septembre se tenait au Rocher de Palmer, à côté de Bordeaux, la deuxième édition de la Journée de la Santé naturelle du Ventre, organisée par l’association Du Coeur au Ventre. Une journée entière consacrée au ventre sous toutes ses coutures : alimentation bien sûr, mais aussi féminin-masculin, fertilité, et rapport au monde et à l’écologie.
Une façon de dire que notre ventre est le nombril du monde ?

La journée était riche et intense : les conférences s’enchaînaient et alternaient avec des ateliers hyper variés, et des massages. J’ai ainsi (re)découvert les soins aux bols chantants tibétains, dont je te parlerai bientôt, et la réflexologie plantaire. Ma copine qui m’avait accompagnée à cette journée a quant à elle découvert le massage Tuyna. Le nombre de pratiques de bien-être que l’on pouvait découvrir était simplement hallucinant, et c’était un vrai plaisir de se faire chouchouter ainsi.

On creusait aussi plus en détail cette phrase que l’on entend partout, « le ventre est notre deuxième cerveau ».

Si c’est en partie vrai, dans le sens où l’intestin contient plein de neurones, et où le ventre communique avec notre cerveau et a un rôle sur notre santé et notre humeur, j’ai beaucoup aimé l’intervention de Sylvie Claeysen, chercheuse rattachée au CNRS, pour démonter cette idée. Elle disait que le cerveau c’est le cerveau, et le ventre, c’est le ventre, et qu’assimiler l’un à l’autre est une métaphore simpliste qui peut engendrer des méprises. Et elle a ajouté : « Personne ne dirait que le cerveau est notre deuxième intestin » (même si à mon avis, ce qui sort du cerveau de certaines personnes ressemblent fortement à… Mais pardon, je m’égare).

Mais au-delà de la volonté affichée lors de cet événement de mettre au premier plan une zone du corps méconnue et souvent dépréciée, ce qui m’a marquée au final le plus durablement, c’est un autre message, qui est apparu en filigrane de cette journée, au fur et à mesure des interventions des experts présents dans la salle de conférence, et qui venait faire écho à tout ce que l’on ressentait lors des ateliers.

Ce message, je vais essayer de te le transmettre, en te décrivant comment il m’est apparu lors de cette journée incroyable.


Nous et notre microbiote

Le matin, la journée a été inaugurée par une table ronde sur le microbiote intestinal. Au cas où ce serait un concept obscur pour toi (ça n’était pas très clair pour moi au début), et pour faire simple parce que mon niveau scientifique ne va pas plus loin que C’est pas sorcier, le microbiote est un écosystème composé de bactéries et champignons, qui vit en nous. On a plusieurs microbiotes : dans la bouche, le nez, dans le vagin (si t’es une nana, hein, logique), et dans les intestins, qui est celui dont on parle beaucoup en ce moment.

Autrement dit, notre corps est l’hôte privilégié de plein d’organismes vivants (le microbiote intestinal pèse environ 2kg !), qui ne peuvent pas vivre sans nous… et sans lesquels nous ne pouvons pas vivre non plus.

Comment cette interdépendance s’est-elle développée ? On ne sait pas. On pourrait même imaginer que nous n’existons que parce que ces organismes avaient besoin d’un vaisseau qui les abrite et les transporte en toute sécurité. J’aime bien cette idée.

Quoi qu’il en soit, nous vivons en symbiose totale avec d’autres êtres vivants. Si leur équilibre est perturbé, nous allons mal, tant sur le plan physique (obésité, Alzheimer…) que psychologique (dépression, sautes d’humeur…). Si nous parvenons à rétablir son équilibre, nous pouvons faire régresser les symptômes.

Cette idée incroyable que nous, êtres humains, qui nous pensons au sommet de la chaîne du vivant, et qui nous coupons même totalement du reste du vivant et de la nature, ne sommes en fait rien sans les microorganismes qui nous colonisent, est fascinante. Ça commence à nous re-situer dans le monde.


Nous et les autres

Le midi, j’ai participé à un atelier de méditation aux bols chantants tibétains, animé par Flora de Flow Massage Sonore. Je t’en parlerai tout bientôt parce que l’expérience mérite bien un article dédié.

Après la méditation, Flora a demandé à chacun des participants son retour sur ce qu’il avait vécu. Chacun en avait retiré quelque chose qui lui était propre, mais ce qui était fort, c’est qu’on avait tous conscience que l’équilibre du groupe nous avait beaucoup apporté pendant la méditation. Nous nous étions sentis reliés, soutenants et soutenus, avec des gens qu’on ne connaissait pas 5 minutes plus tôt.

J’ai déjà vécu des moments similaires, notamment dans des cercles de femmes, et c’est toujours très fort de voir le lien qu’on peut avoir avec notre prochain, alors qu’il est un inconnu.

Lors de cet atelier, je suis sortie du lien qui m’unit à cet autre qui habite mon ventre, que j’avais découvert le matin, pour me relier vers l’extérieur.


L’abeille et l’orchidée

L’après-midi, on a continué à élargir le cercle, à aller plus loin vers l’extérieur, direction : le monde ! (Rien que ça)

La dernière conférence  de la journée était consacrée à l’écologie, et plus précisément à notre relation à la Nature.

Le but était de dire que le fait de se reconnecter à la Nature, que ce soit sensoriellement, émotionnellement ou intellectuellement (par le biais d’une meilleure connaissance de la flore et et de la faune qui nous entourent) permettait un mieux-être global (contre les « maladies du ventre » comme le stress, mais pas seulement).

Illustrations réalisées pour la communication autour de l’événement de la Journée du Ventre.

Le discours de Bruno Wisniewski, botaniste et professeur des écoles, m’a particulièrement marquée.

Que disait-il ? Que nous regardons la nature à travers le prisme de notre vision du monde et nos croyances. Mais que du coup, nous ne la voyons pas vraiment. Nous la simplifions à l’extrême pour la rendre plus compréhensible.

Il nous donne en exemple la photo d’une guêpe posée sur une fleur. Enfin, ce que nous analysons comme une guêpe posée sur une fleur. En fait, l’insecte est une variété de mouche qui ressemble à une guêpe. Et la fleur sur laquelle elle est posée est un pissenlit, qui en fait n’est pas UNE fleur mais une multitude de fleurs (à ce moment-là, la foule était en délire : quoiiiiii, le pissenlit en fait c’est plein de fleurs ?!? WTF ???? Il a fallu évacuer de la salle des personnes déchaînées. J’exagère à peine. Mais l’expérience montre bien notre niveau d’ignorance face à ce qui nous entoure.)

En fonctionnant ainsi, c’est-à-dire en rattachant systématiquement ce que nous voyons à ce que nous connaissons déjà, on essaie d’appliquer à la nature des schémas qui sont propres à l’homme, autrement dit on fait preuve d’anthropomorphisme, forcément rassurant, mais limitant.

Nous passons ainsi à côté de connaissances incroyables, parce qu’elles ne rentrent pas dans notre système de pensée et de compréhension du monde habituel.

Ainsi, les relations de dépendance n’existent pas qu’à l’intérieur d’une même espèce, et les relations entre plusieurs espèces ne se résument pas à des relations prédateur-proie ou à une simple indifférence.

L’interdépendance peut même exister entre un animal et un végétal. Certaines abeilles ont besoin des sucs d’une orchidée, qui contiennent une hormone qui, lorsque l’abeille mâle en est enduite, lui permet de séduire la femelle. Et en retour, ces orchidées ont besoin des mêmes abeilles pour déposer sur leur dos leur pollen, que l’abeille ira déposer sur une autre fleur.

Pas d’orchidée, pas de reproduction de l’abeille. Pas d’abeille, pas de reproduction de l’orchidée.

Cette symbiose du vivant (la vie de l’un est conditionnée par la vie de l’autre, et inversement) est la même, à une autre échelle, que celle qui nous unit à notre microbiote.

Et les exemples sont légion. 

J’ai vraiment découvert ce lien incroyable qui unit tout le vivant, y compris nous et notre ventre, qui n’est pas le nombril du monde mais une de ses innombrables parties.

Ça change ma façon de penser le monde, ma place et le concept d’ « impact », positif comme négatif, qu’on peut avoir. 

Tout comme le mouvement d’ailes du papillon peut créer un ouragan à l’autre bout du monde, je prends conscience… que je n’ai pas conscience du réel impact de mes actions sur le reste du vivant et la planète, et réciproquement, de ce que le vivant m’apporte.

Au-delà d’astuces pour un ventre, un corps et un esprit en meilleure santé (puisque tout est lié ˆˆ), je suis repartie de cette journée avec le sentiment de m’être éveillée à ce qui m’entoure.

Autant te dire que mon exercice de gratitude que je fais avant de m’endormir a été intense ce soir-là, j’avais du boulot !!! 😉

Et toi ?  Est-ce que tu as déjà vécu un moment comme ça où tout ton système de pensée est transformé, et où tu as l’impression d’ouvrir une nouvelle porte ?


Ressources

Si ces sujets t’intéressent, voilà quelques ressources :

3 commentaires

  1. Un beau témoignage qui fait plaisir à lire !! 🙂
    Il est vrai que je trouve dommage la fausse idée que les gens se font d’une science inaccessible. Cela est indépendant de leur volonté (la plupart sont intéressés par ces sujets !), la responsabilité revient surtout monde scientifique, car il est parfois difficile de rendre lisible son travail. On pense, à tort, de n’être pas assez malin pour comprendre, et pourtant, il y a beaucoup de vulgarisation scientifique de nos jours, accessible à tout le monde : les magazines, les blog, Youtube, des évènements comme Pint Science, etc. Sans vouloir ouvrir des débats, c’est le manque de culture scientifique des gens qui aboutit à la radicalisation, la remise en cause des vaccins, le débat stérile des OGM, le glyphosate, la PMA, le faux débat du dérèglement climatique, l’homéopathie, le complotisme, la biodynamie, la Terre plate, l’astrologie, et j’en passe.
    Pour revenir à ta question : quand est-ce que tout notre système de pensée a été transformé… Pour ma part, j’ai envi de dire, assez régulièrement en fait. C’est tout l’avantage de travailler en Sciences, tu découvres, au cours de tes études et de ta carrière, des champs totalement nouveaux pour toi, des perspectives que tu n’avais pas. Tu comprends rapidement que le monde tel qu’on le voit n’est pas la réalité. Il faut le savoir : la nature réel du monde nous sera pour toujours inaccessible. Tous nos sens ne sont que des interprétations de manifestations du monde qui nous entoure. Comprendre cela remet déjà pas mal de choses en perspective. Cela me fait penser à la fameuse question : « un arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit si personne n’est là pour écouter ? ». Le bruit étant la perception que nous avons des vibrations de l’air…
    La dernière « grande » transformation de mon mode de pensée remonte à un ou deux ans . Il s’agit de la découverte de la pensée critique, la zététique, les biais cognitifs, l’art du doute. Cette approche m’a appris à me questionner sur ce que je sais et ce que je crois et surtout de comprendre POURQUOI je sais et POURQUOI je crois. Cela nous questionne sur nos sources, sur notre méthodologie, notre logique, sur nos motivations profondes, sur nos opinions. On apprend à remettre en cause nos convictions et à en construire de nouvelles, avec le plus de méthodes possible (ce qui n’est pas vraiment simple !).

    Vive le microbiote ! On peut ajouter également que beaucoup de recherches sont en cours pour comprendre le lien entre microbiote et réponse à une thérapie anti-cancéreuse. De belles perspectives dans la lutte contre le cancer !

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire, c’est très intéressant d’avoir le regard d’un scientifique sur ces questions. Je n’ai jamais eu l’occasion d’aller creuser ce qu’est la zététique, je vais aller regarder ça de plus près. « Remettre en cause nos convictions et apprendre à en construire de nouvelles », c’est une démarche qui m’interpelle. On prend tellement tout pour acquis, en se disant que l’autre qui a un avis différent a forcément tort, qu’introduire le doute sur ses propres préconceptions me semble essentiel. Dans mon cas et de manière très empirique, je suis passée il y a 4 ans d’un système de pensée, d’un mode de vie à un autre. Je pense qu’avec mon ancien mode de vie, j’étais dans le tort, que maintenant j’ai trouvé « la solution » (un mode de vie plus sain, plus écologique, qui amènera forcément un changement de société si chacun s’y met). Ces temps-ci le doute s’installe parfois, de manière déstabilisante. Mais si ce doute n’était pas négatif, mais au contraire positif, et permettait une ouverture que mes avis trop tranchés empêchait ? Merci pour cette piste de réflexion que tu m’ouvres.

      1. « La zététique c’est l’art du doute.
        Le conspirationnisme, c’est la mécanique du soupçon. »

        Si tu veux explorer cette voie, tu peux commencer avec :
        – la chaîne Youtube « Hygiène mentale » (la meilleure de toute !!! j’ai commencé par là, c’est l’idéal)
        – la chaîne Youtube « La Tronche en biais » (dont une excellente série sur les biais cognitifs dont nous sommes tous victimes, sans exception !)
        – la chaine Youtube de Mr Sam (format VERSUS très intéressant et actualité de la communauté sceptique)
        – la chaîne Youtube « Defekator » qui propose, avec son style bien à lui, des exercices pour entraîner l’esprit critique

        Pour les livres :
        – Quand est-ce qu’on biaise de Thomas C. Durand
        – Henri Broch et l’édition book-e-book = plein d’ouvrages de zététique

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