Girond’in Love, par amour du fait main

Quand l’artisanat passe en mode 2.0

 

Toi aussi, tu adores le travail des petits créateurs et artisans, mais tu ne sais pas toujours où les trouver ?

Parfois, j’ai l’impression que trouver un créateur ou LA pièce spécifique qui nous correspond, c’est comme chercher un numéro de téléphone sans avoir le bottin. Pour les personnes nées après 1992 : c’est comme chercher une page web sans Google. Dans ce cas-là, où tu vas ? Au marché de créateurs, organisé tous les 6 mois pile le dimanche où tu n’es pas dispo ?

Ou alors tu te perds dans les méandres d’Instagram en allant sur chacun des profils de créateurs que tu croises par hasard. Tout ça pour finalement commander sur Etsy, à un créateur oui, mais qui vit à l’autre bout de la planète… quand tu ne craques pas complètement en allant au centre commercial du coin acheter un produit manufacturé, pas du tout artisanal. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions, non ?

Heureusement, en Gironde, on a la chance d’avoir Alexia.

Alexia est connue sur les réseaux sociaux pour être la créatrice du compte Made in Gironde, qui met en avant et réunit sur un seul compte, depuis plusieurs années, le travail des artisans et créateurs girondins.

Cette année, elle développe un nouveau projet, Girond’in love, sur lequel j’ai eu l’occasion de collaborer, en créant le logo et une bannière de réseaux sociaux.

Le projet m’a enthousiasmé, du coup j’ai demandé à Alexia de te le présenter plus en détails.

Entretien.

 

Lilou : Bonjour Alexia ! Tu viens de lancer une campagne de financement participatif sur Ulule, pour lancer ton projet Girond’in love. Est-ce que tu peux nous présenter ton projet et nous expliquer comment tu as eu cette idée ?

Alexia : Girond’in love est une plateforme de vente en ligne, une marketplace pour les artisans créateurs girondins, pour faire face par exemple à Etsy qui est mondial, qui mélange tout le monde sur sa plateforme de façon plutôt fouillis.

Le but de Girond’in love est d’être plus clair, d’être réservé aux créateurs, et en particulier aux créateurs girondins, donc très local. Il y a plus de 5000 créateurs rien qu’en Gironde, c’est énorme et je pense qu’il y a vraiment quelque chose à faire, et dans tous les domaines de la création.

Le but est de réunir ces créateurs locaux, pour que les consommateurs girondins et français retrouvent facilement leurs créations. Souvent, on me demande si je connais un créateur qui fait ci ou ça. Le but de Girond’in Love, c’est de recréer un lien direct entre le consommateur et le créateur.

 

L : Tu en es où du projet ? La campagne Ulule est lancée depuis lundi dernier, est-ce que tu es confiante ? Ça a été long pour en arriver là ?

A : Heureusement, ça va faire bientôt deux ans que Made in Gironde existe. Je n’aurais pas pu lancer une campagne Ulule sans ça. Il y a déjà beaucoup de monde qui me connaît, qui me suit, que j’ai rencontré, et c’est ça la différence fondamentale avec Etsy par exemple : les créateurs et le public qui me suivent savent qui va monter Girond’in love. Ça remet l’humain au centre du projet.

Je ne sais pas encore pour la campagne Ulule. Quand je calcule comme ça, je me dis que ça ne va pas le faire, mais en même temps, si je regarde au prorata par jour, c’est possible. Donc je ne sais pas, j’espère et on verra bien. Je n’arrête pas de communiquer auprès de ceux qui me suivent pour leur dire que sans eux, rien ne se fera.

 

L : Si jamais la campagne Ulule n’était pas positive, tu as un plan B pour que le projet puisse quand même voir le jour ?

A : Financièrement je n’aurai pas les moyens de créer cette plateforme et tout ce que ça implique sans le financement participatif. Éventuellement, je créerai une association pour faire des marchés de créateurs collaboratifs, avec des ateliers, des musiciens locaux, quelque chose de très vivant, animé et créatif qui fasse participer les visiteurs.

Mais le plan A reste bien sûr ma priorité 😉

Je vais rencontrer des associations et acteurs du Bassin d’Arcachon la semaine prochaine. Je suis basée sur le Bassin et je compte vraiment développer le projet sur place et dans toute la Gironde, pas seulement sur Bordeaux, pour toucher le plus de monde possible, et en particulier ceux qui sont plus éloignés et pour qui l’accès aux créateurs (ou la visibilité dans le cas des créateurs) est plus restreint.

 

L : Tu peux nous parler de ton parcours ? Qu’est-ce qui t’a amenée à vouloir développer ce projet ?

A : J’ai toujours aimé tout ce qui était créatif, depuis toute petite, que ce soit dans la musique, le fait-main… J’ai toujours aimé faire plein de choses ! J’ai beaucoup travaillé avec les enfants, notamment comme assistante maternelle, et cet aspect créatif était très présent. J’ai aussi travaillé en école, avec des enfants handicapés, et là j’ai aussi mis en avant ma volonté d’aider, de faire progresser.

En parallèle, j’avais créé Tulle et tralala, où je créais des tutus. J’avais une boutique sur A Little Market qui marchait plutôt bien, mais j’étais très frustrée car je n’avais pas la place chez moi pour stocker ou travailler correctement. Ce manque de moyen m’a poussée à arrêter l’aventure.

J’ai trouvé un travail dans la restauration, un métier qui me plaisait beaucoup mais très difficile pour moi car je suis atteinte de fibromyalgie et d’arthrose aux genoux.

En parallèle, j’ai créé Made in Gironde, pour garder le lien avec l’univers créatif que j’adore. J’ai réuni sur ce compte de réseaux sociaux un maximum de créateurs girondins, pour qu’on les retrouve plus facilement.

Finalement, j’ai obtenu une rupture conventionnelle pour mon poste dans la restauration, et j’ai décidé de profiter de cette opportunité pour lancer le projet de Girond’in love.

J’avais déjà une bonne communauté et de bons retours sur Made in Gironde, beaucoup de gens me remercient de mettre en valeur et de réunir les créatrices, pardon, les créateurs (même si la grande majorité sont des femmes).

Au tout début, on sentait un peu de concurrence entre eux, et finalement, ils ont réalisé que chacun avait sa patte, son univers, et qu’il y avait de la place pour tout le monde.

Il y a assez de consommateurs pour chaque créateur !

 

L : C’est vrai, et en même temps, la problématique est peut-être plutôt de réussir à faire venir le consommateur vers les créateurs, plutôt que d’acheter chez les marques industrielles ?

A : J’entends souvent : « Oui, mais les créateurs, c’est cher ! »

Je leurs réponds déjà que parfois, non, ce n’est pas cher. Et ensuite, si certains créateurs sont chers, on ne peut pas comparer le travail avec les produits industriels : ce n’est pas fait en Chine, mais localement, pas par des enfants qui travaillent sur des machines mais par les mains des créateurs, qui font souvent le travail seuls, d’un bout à l’autre du processus de création.

Leur travail doit être récompensé ! On fait réellement vivre une personne, dignement, une personne qui vit pas loin de chez nous, qu’on peut même rencontrer.

Leurs créations sont souvent uniques, personnalisables, de très belle qualité. On ne peut pas comparer par exemple un bijou acheté chez H&M, le Manège à Bijoux ou ailleurs avec un bijou de créateur.

On achète ainsi quelque chose de durable. Achetez moins, mais achetez mieux !!! Il faut revoir notre façon de consommer dans tous les domaines, pas seulement dans l’alimentation.

Donc oui, les créateurs sont souvent plus chers, mais on va acheter un bijou plutôt que 20000 dans l’année. Mais ce sera LE bijou, qui aura été personnalisé.

 

L : Puisqu’on parle de prix, c’est quoi le modèle économique de Girond’in Love ?

A : Une partie du prix de vente (10 à 12%) sera une commission pour Girond’in Love, et 1% sera reversé à l’association Ekolo[Geek].

L : Tu as annoncé qu’il y aura une section artisanat écologique et zéro déchet sur la marketplace. Tu peux nous en dire un peu plus ?

A : Je vais comparer encore une fois avec Etsy. Sur Etsy, il y a plein de créations écolos, ou ZD, mais elles sont complètement fondues dans la masse, aucune catégorie ne leur est spécifiquement destinée. Mon objectif, c’est au contraire de les mettre clairement en valeur, parce que je pense et j’espère que de plus en plus de personnes vont se retrouver dans cette tendance. Les créations écologiques et ZD auront donc leur propre catégorie, elles seront toutes regroupées, ce qui fait que le consommateur qui cherche ces produits pourra aller directement sur cette section.

En parallèle, je vais créer un blog qui donnera des conseils pour les créateurs, par exemple pour les aider à mettre en ligne leur boutique, la rendre attrayante. Sur ce blog, je les encouragerai aussi à recycler, réutiliser leurs emballages pour l’envoi des colis, et limiter l’usage des emballages et protections en plastique.

Ces conseils seront destinés à tous les créateurs, pas seulement ceux qui proposent des articles écologiques. De plus en plus de créateurs sont sensibles à ces questions, et en plus, ça leur coûte moins cher.

 

L : Le choix de faire la part belle à ces créateurs écologiques, c’est pour répondre à une demande ou ça correspond aussi à une orientation personnelle ?

A : Les deux !

À titre personnel, j’ai commencé à me pencher sur ces questions il y a environ deux ans, suite à divers scandales qui m’ont marquée (lingettes pour bébé, agroalimentaire, cosmétiques…). Progressivement, j’ai acheté des savons et shampoings solides, j’ai commencé à faire mes yaourts, à cuisiner pour le goûter et le petit déj, à faire notre dentifrice en poudre… Finalement, le fait de faire attention à ce qu’on ingurgite et ce qu’on met sur notre peau, ça amène naturellement à se préoccuper de la question des emballages et du zéro déchet. Tu as envie de choses plus naturelles, qui enlèvent souvent beaucoup d’emballage ! 

Et c’est communicatif ! À la maison, c’est moi qui ai initié tout ça, mais maintenant, quand je vois mon mari qui refuse une paille au restaurant, ou qui propose de réduire drastiquement notre consommation de viande, je suis hyper fière ! 

A l’extérieur je garde des filtres, je ne fais pas de commentaires quand je suis chez les gens, pour ne pas les braquer. Ça ne sert à rien, je ne veux pas imposer. Mais les enfants, eux, qui sont aussi sensibilisés à ces questions, sont beaucoup plus cash ! 

Je pense que c’est plus efficace de parler de sa propre expérience, du fait qu’on fait des économies, ça, ça touche les gens. 

Parfois je dis :

« Je ne suis pas écolo, je suis écono ! »

A mon avis, l’économie fait l’écologie.

Au final, on est passés de 5 sacs poubelle à un sac poubelle par semaine à 5. On a encore beaucoup de chemin à parcourir, mais je suis contente de la progression ! Même si je pense aussi que globalement, les choses ne vont pas assez vite.

 

L : Tu mentionnais que les créateurs sont plutôt des créatrices, on parlait de zéro déchet et tu disais que c’était toi qui était à l’initiative de tout ça chez toi. C’est un domaine majoritairement féminin, selon toi ?

A : Oui, plutôt. Je ne suis pas sexiste mais je pense que plus que les femmes, ce sont peut-être plutôt les mères qui sont concernées. J’ai l’impression que dans une famille, c’est plutôt la mère qui va prendre conscience de ce qu’elle donne et ce qu’elle met sur ses enfants, ce qui va faire qu’elle va modifier ses habitudes de consommation.

Après, il ne faut pas faire les choses toute seule dans son coin, il faut en parler, y aller au rythme de chacun, pour avancer tous ensemble. Mais globalement oui, je pense que les femmes se sentent plus touchées par tout ça, peut-être à cause d’un coté naturellement protecteur.

Ceci dit, je suis sur des groupes Facebook comme Les écolos bio zéro déchet où il y a aussi énormément d’hommes !

 

L : Merci pour cet échange ! La campagne sur Ulule dure jusqu’au 11 février 2019, je croise les doigts pour ton succès ! 

A : Merci ! On espère atteindre la cagnotte pour pouvoir concrétiser le projet ! Et si on la dépasse, j’aimerais aller plus loin et créer un lieu de vie sur le Bassin avec boutique de créateurs, petite restauration, ateliers de création avec mise à disposition d’outils, de machines à coudre.

Le but global de ce projet est de créer du lien !

 


POUR FINIR…

Tu as aimé cet article ? Merci de partager, commenter ! J’attends tes remarques et idées pour un futur article illustré !

Je t’invite à aller soutenir le projet de Girond’in Love sur Ulule avant le 11 février 2019 !!

https://fr.ulule.com/girond-inlove/

Pour suivre Alexia sur les réseaux sociaux, c’est par ici :

 

Si tu veux voir un peu plus de mon travail, tu peux me retrouver ici :

http://liane-langenbach.com

• Page FB : https://www.facebook.com/liane.langenbach/

• Instagram : https://www.instagram.com/liane.langenbach/

 

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